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Oleanna

Oleanna de David Mamet est un huis clos entre une étudiante et son professeur qui livre sur fond de harcèlement sexuel une réflexion sur l’éducation, le rapport de genre et de classe entre jeux de pouvoir et nécessité de réussir. 

mercredi 17 mars  2021 - 20h

Durée 1h20 · Langue Persan

Spectacle

Rencontre

Avec le metteur en scène Ali A Alizad

Mercredi 17 mars 2021 - 21h30

Durée 1h · Langue Persan traduit en Français

En direct

Petit guide pratique des échanges en direct

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©Ali A Alizad

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Extrait du texte Oleanna par Kati Saleki 

©Ali A Alizad

Présentation par Ali A Alizad

Autour du spectacle

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©Ali A Alizad

Extrait d’Oleanna  par David Mamet, en français et espagnol

Réalisation: Florent Hill. Interprétation: Alexia Alexander

" Oleanna met aux prises un professeur d’université‚ John‚ âgé d’une quarantaine d’années‚ et Carol‚ une jeune étudiante venue dans le bureau de l’enseignant consulter sa copie après son échec à un examen. Issue d’un milieu défavorisé‚ convaincue de ses insuffisances (« Je ne comprends rien… Ça tourne à vide dans ma tête. Je suis stupide » ‚ dit-elle)‚ Carol reconnaît avoir éprouvé de grandes difficultés à comprendre ce qui lui était enseigné et‚ malgré sa bonne volonté (« j’ai fait de mon mieux » ‚ précise-t-elle)‚ elle ne parvient pas à assimiler les discours du professeur‚ même après avoir acheté et lu le livre qu’il a publié. Désemparée‚ elle est venue réclamer quelques explications.

 

Quand la pièce commence‚ pendu au téléphone‚ John est surtout préoccupé par l’achat d’une nouvelle maison que son imminente titularisation va lui permettre d’offrir à sa famille. Plein de condescendance et de paternalisme à l’égard de Carol‚ il assume l’image de pédagogue « humain » et rassurant qu’il aime donner de lui. Même si la relecture de quelques fragments de la copie de l’étudiante le laisse dubitatif (« vous trouvez que ça a un sens ? » ‚ demande-t-il)‚ il n’hésite pas à affirmer que Carol est « une fille incroyablement intelligente ». Pour rassurer la jeune femme qui se désespère de ne pas comprendre les développements théoriques dont il se gargarise‚ il confesse les difficultés qu’il a lui-même rencontrées jadis. Et il raconte par quel cheminement douloureux il a réussi à surmonter ses propres inaptitudes et à se persuader qu’il n’était pas totalement stupide. Avec sa virtuosité langagière qui lui permet désormais de tout relativiser‚ il finit par avouer son scepticisme sur la capacité de l’université à déboucher sur quelque chose de positif et à donner un sens à la réalité : « les examens ont été conçus par des imbéciles » ‚ dit-il ; et il n’hésite pas à affirmer que l’enseignement supérieur « c’est tout sauf quelque chose d’utile ».

Incapable de prendre conscience de l’effet de ses propos sur cette étudiante démunie – qui prend note de tout ce qu’il dit pour « être sûre de s’en rappeler » – ‚ et qui rêve d’accéder au savoir pour dépasser sa condition sociale‚ il pousse la sollicitude jusqu’à faire comme si l’examen n’avait pas eu lieu et lui propose de tout « reprendre à zéro ». Affirmant qu’il l’aime bien‚ il invite Carol à venir le retrouver régulièrement dans son bureau pour commenter ses cours et‚ afin de calmer la déception qu’il sent poindre chez la jeune femme‚ il lui passe le « bras autour de son épaule ». C’est sur une nouvelle interruption téléphonique de la femme de John – laquelle le tient au courant de l’évolution des tractations concernant l’achat de la maison – que se termine le premier acte d’Oleanna.

Le second acte‚ situé quelques jours plus tard‚ se déroule à nouveau dans le bureau du professeur. John a convoqué Carol‚ car celle-ci a déposé devant les instances universitaires une plainte pour harcèlement sexuel : la titularisation semble compromise. Cette fois-ci‚ c’est l’enseignant qui a provoqué la rencontre afin de chercher un compromis avec la jeune femme. Sans dénier le droit de tout étudiant à déposer une plainte contre un enseignant devant le comité de titularisation‚ John justifie sa démarche en rappelant l’importance sociale qu’a pour lui cette titularisation. Dans un long soliloque‚ il évoque ses responsabilités de mari et de père de famille. Il comprend la colère de Carol à son égard‚ affirme-t-il‚ dans la mesure où son comportement a pu être jugé « sexiste et élitiste » ; mais il proteste qu’il n’a rien d’un « monstre ». Le voici qui théorise sur les difficultés de toute communication entre les humains : « Il existe des désirs conflictuels » ‚ dit-il ; et d’expliquer que ce qu’il cherche avant tout‚ c’est de permettre à chacun de se forger ses opinions. S’il a précédemment dénigré l’enseignement supérieur‚ ce n’était pas pour manipuler Carol‚ ni pour la « corriger » ‚ mais simplement pour l’inciter à réfléchir par elle-même. Face à la jeune femme interloquée‚ il définit une théorie de l’incompatibilité des points de vue‚ pour l’amener à renoncer à sa plainte. Il se heurte à une fin de non-recevoir. Devant ce quadragénaire qui utilise tous les artifices de la rhétorique pour tenter de l’infléchir sans prendre en compte son altérité‚ Carol demeure inflexible et‚ au nom des étudiantes qu’elle affirme représenter‚ refuse le dialogue avec celui qui prétend vouloir l’aider. Évoquant les étudiants « qui travaillent dur » et sont confrontés au pouvoir arbitraire d’enseignants jouant avec leurs « inquiétudes‚ leurs espoirs‚ leurs efforts » ‚ elle essaie de faire comprendre à John la malhonnêteté de son attitude de parvenu‚ imbu de son pouvoir intellectuel‚ sûr de sa réussite‚ et qui se permet d’être critique vis-à-vis du système. Comme John tente de faire barrage pour empêcher Carol de quitter le bureau‚ elle finit par s’écrier « Laissez-moi partir‚ au secours » ‚ et prend la fuite‚ tandis que l’acte s’achève.

Oleanna de David Mamet : un nouvel avatar de La Leçon ? 

par Michel Pruner

Le troisième acte radicalise les comportements. John a été déchu de ses fonctions ; depuis deux jours‚ il n’est pas rentré chez lui. Désormais l’affaire a été portée devant la justice. Carol s’est transformée en militante féministe‚ nouvelle passionaria investie d’une mission contre les attentats « pornographiques » fomentés sur les étudiantes. C’est elle qui se livre maintenant à un véritable commentaire de texte du réquisitoire prononcé à l’encontre de John. À partir des notes prises durant leur entretien initial‚ elle rappelle qu’il ne s’agit pas d’accusations infondées‚ mais de faits avérés. « Tout est prouvé » affirme-t-elle : le professeur s’est montré négligent‚ il a failli à ses obligations de pédagogue en méprisant l’enseignement supérieur et en dénigrant le système éducatif‚ il s’est enfermé dans un élitisme indécent ; en outre‚ il a tenu des propos inconvenants et commis des gestes osés que Carol assimile à une tentative de viol. Pour la jeune femme‚ ce n’est que justice si cet enseignant se voit sanctionné par le Comité de titularisation.

John connaît donc à son tour la même situation d’échec qu’a vécue initialement Carol. Lui qui se prétend anticonformiste et novateur‚ il se voit ravalé au rang de bouffon embourgeoisé et méprisable‚ ayant cherché à suborner une innocente. Pourtant‚ la jeune femme assure qu’elle pourrait revenir sur sa plainte si John acceptait de se plier à une condition : sur la liste des ouvrages qu’en début d’année les enseignants recommandent aux étudiants‚ elle le somme de faire disparaître son propre livre‚ jugé négligeable. À la bibliographie sélective initiale à laquelle doivent se soumettre les étudiants‚ Carol répond par une autre sélection totalement arbitraire – véritable censure inspirée par des considérations plus que douteuses. Le fascisme n’est pas loin. Piqué au vif dans sa vanité d’auteur‚ outragé dans sa suffisance d’enseignant sûr de son savoir‚ John ne parvient pas à surmonter sa colère. Surtout lorsque Carol‚ après une nouvelle interruption téléphonique‚ lui suggère de ne plus appeler sa femme « bébé » ‚ comme il le fait à plusieurs reprises. Il perd son sang-froid. Tout s’accélère. Je cite la fin de la pièce : « Petite garce vicieuse. Tu penses que tu peux venir m’apprendre comment je dois parler‚ me donner des leçons de politique et détruire ma vie. » La didascalie précise : Il la frappe. Elle tombe sur le sol. JOHN : Te violer…? Tu te fous de moi…? Il prend une chaise‚ la lève au-dessus de lui ; et avance vers elle. Je ne te toucherais pas avec un bâton. Petite conne. Elle se blottit au sol. Pause. Il la regarde. Il descend la chaise lentement. Il va vers le bureau‚ et arrange ses papiers. Pause. Il regarde vers elle. Voilà. Pause. Elle le regarde. Et baisse la tête : CAROL : Eh oui. » Noir.

Ce dénouement violent‚ ponctué de nombreux silences – qui font penser à ceux de Pinter‚ renvoie donc dos à dos deux totalitarismes qui sont latents durant toute la pièce : celui de John‚ si sûr de son pouvoir personnel et de son emprise morale d’universitaire arrivé‚ et celui de Carol confortée par le groupe d’étudiantes qui la soutiennent dans son action. Ou si l’on préfère‚ celui d’un pouvoir intellectuel et social fondé sur la maîtrise du langage‚ et celui de l’obscurantisme et de la pudibonderie sexuelle des ligues de vertu (version USA) qui débouchent sur un véritable terrorisme. C’est sur cette note pessimiste que s’achève Oleanna. Le conflit est insoluble car‚ on le voit‚ les mots n’ont pas le même sens pour des protagonistes qui semblent parler deux langues différentes.